Aller-retour

Publié mars 29, 2011 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

Et je voudrais mourir comme je suis venue au monde, dans des draps. Et je voudrais partir comme je suis arrivée, dans des bras. Un accueil chaleureux, une image du fin fond de l’âge du monde. Un drap pour la mariée, pour s’endormir, pour accoucher, pour mourir, pour se voiler, peindre, se cacher. Un drap qui danse libre dans le vent et qui n’est que mouvement. Un souvenir nonchalant, aussi friable et touchant. Intouchable justement. La Vierge Marie à l’Enfant.

Je cours, je suis une enfant. Je marche en reculant, c’est pour ne pas, c’est pour ne plus, grandir.

L’irrévérencieuse

Publié février 17, 2011 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

Au crépuscule d’un jour ordinaire

La Bobine se balade dans les bras de janvier, février

Sous le glacial givre  le synopsis s’abandonne lui-même.

Elle tire sa révérence déchue de son écho,

La femme sans miroir, la femme réveillée

A perdu son jour uni le plus long

Et le monde absent moutonne ailleurs.

Au crépuscule d’un jour ordinaire

D’une étrange flaque indigeste

Renaît la claire somnolence, l’insolente.

A ceux qui croient bien faire

Publié février 17, 2011 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

À ceux qui croient bien faire

 

Et dieu sait qu’il y en a…

Alors voilà, tout a commencé le jour où tout devait finir. Exactement le même jour. Parce que justement le monde ne cesse jamais et que les fins ne sont qu’une transformation, un changement, un bouleversement de plus. Parfois c’est bien. Mais pas toujours. Pour cette fois, je ne saurais dire; je sais juste que ce n’était pas prévu et que je suis encore là. Pas comme elle. Je suis devenu un témoin, à défaut d’être l’acteur de ma vie.

Des rails, une odeur pestilentielle et tout d’un coup un grondement provenant du fond de la terre et je sombre dans un sommeil vertigineusement long. Au réveil, je comprends peu à peu quel est ce dernier visage qui m’a marqué, celui d’une femme qui m’a sauvé la vie. Et qui est morte.

Quand mes yeux se sont ouverts, il y avait ces médecins et cette lueur dans leurs yeux, une admiration incommensurable que je ne parvenais pas à comprendre…que croyaient-ils? Que j’avais voulu la sauver? Alors que c’est tout le contraire? C’était moi pourtant qui voulait mourir et c’est elle qui a mis à la place de cette haine un amour infini. Maintenant je crois que je n’ai plus envie de mourir. C’est plus la peine puisqu’en me croyant mort, c’est comme si le monde avait ouvert ses yeux sur moi. Il a suffi de ces quelques jours dans le coma pour que d’un coup tout s’éclaire et que je sente en moi ce cœur si doux battre naturellement.

Le bruit de l’ambulance, des mains, des mains nombreuses qui s’affolent sur mon corps, du sang que je sens couler partout le long de mes membres engourdis et comme sourds, et mes paupières comme ma raison: inertes. Précipitations, cris, et en moi, une imperturbable sérénité. C’est bon, je suis en vie.  Maintenant je vais pouvoir enfin savoir ce que ça fait. De mourir juste un peu. De mourir juste assez pour n’être plus dupe, pour renaître là où toute vérité désormais peut s’entendre.

Ce qu’il y a, c’est qu’on a eu la même idée, exactement au même moment, sur le même rail…à croire que c’est devenu chose courante de se jeter comme ça. De ne plus se vouloir. Mais quand on veut mourir, il y a bien souvent ce sentiment élitiste en nous: croire qu’on est le seul capable d’aller jusqu’au bout. C’est comme s’imaginer la réaction de nos proches, une preuve de la faiblesse de notre détermination. Pourtant j’y ai cru, toutes mes entrailles ont tremblé, j’ai sué, transpiré, étouffé, pissé dans mon froc et j’y suis allé. Discrètement je suis descendu. Personne ne m’a vu. On a tellement tort, tort de ne pas croire que le salut vient d’ailleurs. Ensuite, j’ai mis du temps à marcher le long des rails. C’était comme faire déjà face avec la mort, se familiariser avec elle.

Soudain je l’ai vue, assise, cigarette à la main. Une femme magnifique. Peut-être parce qu’elle était là où rien ne devait être. Je l’ai observée sans être vu. De sa main gauche, elle se dessinait. Comme ça. Au fond d’un métro, deux personnes se rencontrent. L’une d’entre elles, déjà à sa place, commençait à se dire au revoir sans sourciller, ni trembler. Elle devait se trouver belle. Le contraire aurait été une erreur. Une grande fille juste habillée de sa prime jeunesse, tout en blanc, et déjà le noir injecté jusque dans la pliure de son bras gauche. Ma mort était déjà passée. À la voir, je ne pouvais que comprendre…que j’aimais trop, la vie, les femmes, la lumière et le monde, le bruit et même la merde. D’un coup, je devenais quelqu’ un qui a quelque chose à faire: parler à une femme magnifique, la sauver, l’épouser et la rendre heureuse. En voulant mourir, la vie m’avait fait don du plus beau, une raison de vivre. Exister pour quelqu’un. C’était tellement miraculeux de s’être affranchi du monde, d’avoir soulevé la boue pour s’en recouvrir jusqu’à l’âme et la trouver ici, dans ce cul de sac de désespoir. J’en trépignais d’inquiétude, d’impatience. Elle était ma solution. Une apparition mystique.

Et puis elle a parlé. Une langue que je ne connaissais pas. C’était le cri terrifiant de la haine et de la violence. Une droguée, perdue, incroyablement mystérieuse qui m’engueulait apparemment d’avoir eu la même idée. Puis, elle s’arrêta et ses yeux me racontèrent son histoire. Une histoire triste et tragique, en rouge et noir. Son regard figé, sanglant et inerte, ne laissait transparaître qu‘une souffrance meurtrière. La rage avait dû longtemps l’habiter, le temps d’achever en elle toutes ses forces. Il ne lui restait désormais plus qu’un corps décharné, une allure fantomatique, de quelqu’un mort à demi. Ça suffisait pour savoir, pour deviner qu’elle me suppliait de la laisser là. De ne rien faire. Je tentais de lui faire comprendre l’espoir qu’elle avait mis en moi, qui ne pouvait être gâché. Je voulais qu’elle se dise que ce n’était pas un hasard. Malgré moi, j’essayais de l’enlever de là. Une gifle et des cris. Le métro qui arrive. Que faire? Rester là, alors que je n’ai plus envie de mourir? Le faire pour elle, pour moi ? On ne pense plus, l’instinct revient, il galope aussi vite que ce bruit assourdissant qui va crescendo. Je m’efforce de la retirer de là. Mais je sais que je ne le fais pas pour elle. C’est moi qui ai besoin d’elle.

Une corde. Elle s’est elle-même attachée. Je tire de toutes mes forces. Noir. Blanc. L’hôpital. J’ai sauvé personne. Je croyais bien faire. Mais non. Et maintenant, je paye ma bêtise par une admiration que je ne mérite pas. Des photos, des articles et un nouveau héros pour un monde satisfait de pouvoir encore mentir. Voilà à quoi j’ai contribué. J’ai quand même réussi à récupérer son dessin. Karen, comme une caresse amputée du plus doux, comme une caresse brisée. Son cri m’habite, il retentit en moi. Le son d’un vase ébréché, le fracas d‘un cristal qui s‘est jeté à terre pour mieux s‘envoler et devenir céleste. Quelques lettres qui pour moi seul ne résonnent que d’amour. KAREN. Parce qu’en étant là, elle m’a sauvé. Je sais désormais que je suis lâche, je sais aussi que l’on peut vivre en étant lâche et même heureux.

 

De cendres à décembre

Publié décembre 15, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

J’ai les cheveux longs

et la nuque baissée

Mon accoutrement de laine

tutoie les premiers froids

et ma voix, de mille décibels

t’enterre à chaque pas

La douleur trop longtemps passée sous silence, tue.

Publié août 22, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

Les mots eux-mêmes ont disparu, toute compréhension avec eux. Combat à armes inégales. Les impressions que l’ont croyait elles mêmes disparues, peu à peu remontent depuis les entrailles d’un monde inconnu, dans les moindres interstices d’un corps assoupi pris au piège de cet engourdissement que sont les années. Par vagues, puis par spasmes, les choses sans nom envahissent, s’immiscent dans chacune de nos veines, passant d’abord dans les pieds, puis se dirigeant doucement avec autant de temps qu’il nous en fallut pour tout oublier, traversant nos membres comme autant d’années jusqu’à nous prendre à la gorge, contre la tempe. Derrière les paupières, autre chose prend vie et ce qui défile sous nos yeux perd peu à peu de sa réalité, les notions tanguent, le temps se disloque et se met alors à exister un monde qui ne fut jamais vivant, celui du lancinant regret, l’avant-monde. Comme une image sans fin, un disque rayé, une image trop floue. Le visage n’apparaît plus distinctement et pourtant on a la certitude, par ce flot d’impressions envahissantes que ces traits n’ont jamais été aussi proches, aussi vivants. Reconstruction éphémère et pourtant si tangible de ce qui ne pouvait pas exister pourtant avant d’avoir été vécu. Pour que le regret prenne sens, il faut que la disparition ait eu lieu et qu’elle demeure irréversible.

Je ne sais plus le dire, je ne sais plus l’écrire, c‘est désormais lui qui me pense et qui m’arrache par usure quand mes jours se font trop solitaires, quand le dialogue des longues heures de la vie s’éteint.

Des bras dans la nuit se penchent doucement vers moi et m’abandonnant de tout mon être, je déverse avec soulagement ce que j’ignorais porter encore. Cette douleur lancinante peu à peu disparaît et le soulagement fait place, comme si d’autres avaient pris sur eux ce fardeau jusqu’à la prochaine fois. Répit amer, la réalité est ainsi faite, de paradoxes, sans gagnants.

Quand Le Clézio parle d’Eluard par le truchement d’Adam Pollo, narrateur.

Publié mai 29, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : Non classé

-” Vous ne voyez donc pas, cette vie, cette putain de vie, autour de vous ? Vous ne voyez pas que les gens vivent, qu’ils vivent, qu’ils mangent etc. ? Qu’ils sont heureux ? Vous ne voyez pas que celui qui a écrit, “la terre est bleue comme une orange” est un fou, ou un imbécile ? – Mais non, vous vous dites, c’est un génie, il a disloqué la réalité en deux mots. Vous énumérez, bleu, terre, orange. C’est beau. Ça décolle de la réalité. C’est un charme infantile. Pas de maturité. Tout ce que vous voudrez. Mais moi, j’ai besoin de systèmes, ou alors je deviens fou. Ou bien la terre est orange, ou bien l’orange est bleue. Mais dans le système qui consiste à se servir de la parole,  la terre est bleue et les oranges sont orange. [...].”

Le Procès-verbal , J. M. G. Le Clézio, Paris,Gallimard, 1963, p.305.

Paul Eluard, alias Eugène Grindel, “Grain d’aile”

Publié janvier 20, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : 1

Les mots sont simples, sans prétention, obéissant à la main d’un poète autodidacte, passionné de politique, de femmes et d’art… Son génie naît d’alliances de mots, autant d’images qui tournent dans un manège sans fin. Sa poésie ne doit pas se lire de manière désincarnée, c’est pourtant ce que je préfère encore. Il n’est pas surréaliste, seul un de ces recueils semble suivre cette mouvance, il est le multiple de lui-même, comme de ses amours à plusieurs…

L’un de ses plus beaux poèmes, Poésie ininterrompue, est le langage poétique pur, celui qui sans prétention créé autre chose, donne autre chose à voir comme “un livre ouvert” (autre recueil):

“Nue effacée ensommeillée
Choisie sublime solitaire
Profonde oblique matinale
Fraîche nacrée ébouriffée
Ravivée première régnante
Coquette vive passionnée
Orangée rose bleuissante
Jolie mignonne délurée
Naturelle couchée debout
Étreinte ouverte rassemblée
Rayonnante désaccordée
Gueuse rieuse ensorceleuse
Étincelante ressemblante
Sourde secrète souterraine
Aveugle rude désastreuse
Boisée herbeuse ensanglantée
Sauvage obscure balbutiante
Ensoleillée illuminée
Fleurie confuse caressante
Instruite discrète ingénieuse
Fidèle facile étoilée
Charnue opaque palpitante
Inaltérable contractée
Pavée construite vitrifiée
Globale haute populaire
Barrée gardée contradictoire
Égale lourde métallique
Impitoyable impardonnable
Surprise dénouée rompue Noire humiliée éclaboussée
Sommes-nous deux ou suis-je solitaire
Comme une femme solitaire
Qui dessine pour parler
Dans le désert
Et pour voir devant elle
[...] “

Finalement Eluard ne fait rien d’autre que dessiner pour mettre les choses devant lui, ramasser ses idées, en les rendant palpables et pouvoir les serrer dans ses poings, autant que le corps de Nush ou Gala…ses deux grandes amours.

Pierre REVERDY

Publié janvier 14, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : 1

Le bonheur des mots

Je n’attendais plus rien  quand tout est revenu, avec la fraîcheur des réponses, les anges du cortège, les ombres du passé, les ponts de l’avenir, surtout la joie de voir se tendre la distance. J’aurais toujours voulu aller plus loin, plus haut et plus profond et me défaire du filet qui m’emprisonnait dans ses mailles. Mais quoi, au bout de tous mes mouvements, le temps me ramenait toujours devant la même porte. Sous les feuilles de la forêt, sous les gouttières de la ville, dans les mirages du désert ou dans la campagne immobile, toujours cette porte fermée – ce portrait d’homme au masque moulé sur la mort, l’impasse de toute entreprise. C’est alors que s’est élevé le chant magique dans les méandres des allées.

Les hommes parlent. Les hommes se sont mis à parler et le bonheur s’épanouit à l’aisselle de chaque feuille, au creux de chaque main pleine de dons et d’espérance folle. Si ces hommes parlent d’amour, sur la face du ciel on doit apercevoir des mouvements de traits qui ressemblent à un sourire.

Les chaînes sont tombées, tout est clair, tout est blanc –les nuits lourdes sont soulevées de souffles embaumés, balayés par d’immenses vagues de lumière.

L’avenir est plus près, plus souple, plus tentant.

Et, sur le boulevard qui le lie au présent, un long, un lourd collier de cœurs ardents comme des fruits de peur qui balisent la nuit à la cime des lampadaires.

Pierre Reverdy, Le bonheur des mots, La Liberté des mers [Maeght, 1959], Gallimard, Collection Poésie, pp. 51-52

De toit à moi

Publié janvier 14, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : 1

Chaque vie n’est aux autres qu’un bruissement, qu’il suffit d’écouter pour faire résonner et gronder, plus fort, plus longtemps. De l’absence de ce geste dépend le souvenir. S’il n’est récolté par personne, alors une vie s’efface pour de bon, une fleur laissée à l’abandon. Le malheureux oubli de butiner. Ne dure que la transmission. Mais tu n’as rien transmis, du moins rien de visible. Tes mots si rares ne suffisent pas, même ordonnés, pour écrire un message. Ta main n’a rien serré dans sa paume qu’un peu de nature. Ta mort elle seule aurait pu dire quelque chose. Seulement, voudrais-je prendre le risque de trop bien la saisir, l’approcher, la comprendre sans craindre d’un jour m’en emparer au point de me confondre à toi dans une même mort. Mais tout le monde ne peut pas être un ange. Je devais inévitablement rester pour t’écrire. Il y a ceux qui ont les mots, il y a ensuite ceux qui ont le courage, ou le dépit, et ceux qui épaulent, qui écoutent et demeurent.

Recueil

Publié janvier 8, 2010 par Les Flots de l'Errance
Catégories : 1

Pour ne pas dire

L’incommensurable Inconsolable

Avait d’hier les yeux ouverts

Et du silence le cœur inquiet

Contre un miroir à peine terni

Jusqu’à l’ombre abandonnée

D’autrui du temps du mal

Dernier vivant, toujours devant

A ressasser dans les remous

Aléas pernicieux, regrets trempés

Les miettes éparses d’un jour passé

Et j’inspirais quand tu expires toujours

Le vernis d’un amour sans date et pour toujours

A tes paupières vides de lumière

Il me reste l’espoir que tu l’aies compris

Plus tôt que je ne te l’ai dit

Je hais la grande liberté

Qui ne sait pas fermer les cimetières

Et la cendre et le blanc et les prières

Ou l’on n’est rien ou l’on est frère

Un même linceul pour les gens seuls

Ceux qui restent embourbés,

Les mains disjointes, lèvres pincées

Tout se retient de le crier,

Il est l’envers de mon endroit

L’enfer conjuré sans pardon

Il est mon tout en interrogation


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